Présentation du rapport final de la réunion de Bamako 1979 pour les lecteurs du site Bisharat!. Retourner à la page des Documents de base. Voir la version anglaise.
Langues africaines
Documents de la réunion d'experts
sur l'utilisation des langues africaines
régionales ou sous-régionales comme
véhicule de culture et moyens de communications
dans le continent
Bamako (Mali), 18-22 juin 1979
RAPPORT FINAL
La cérémonie d'ouverture s'est déroulée sous la présidence de S. Exc. le colonel Youssouf Traoré, ministre de l'Education nationale, en présence de S. Exc. M. Alpha Omar Konaré, ministre de la Jeunesse, des Sports, des Arts et de la Culture..
En sa qualité de secrétaire général de la Commission nationale malienne pour l'Unesco, M. Youssouf Traoré a souhaité la bienvenue aux experts et remercié le Directeur général de l'Unesco d'avoir donné au Mali la chance d'accueillir cette importante réunion.
A son tour, M. Augustin Gatera, représentant le Directeur général de l'Unesco, a remercié les autorités maliennes d'avoir bien voulu accueillir cette rencontre qui marque une étape très importante dans la coopération entre l'Unesco et ses Etats membres dans le domaine de la promotion des langues africaines. Il a, à ce sujet, brièvement retracé le chemin parcouru et les difficultés surmontées pour parvenir au stade actuel. Il a ensuite invité les experts à soumettre au Directeur général des propositions concrètes sur le thème de la réunion dont le double objectif est de favoriser la coopération entre les Etats utilisant une même langue africaine et de contribuer à l'utilisation rationnelle des ressources affectées à la promotion de ces langues.
Dans son allocution, le ministre de l'Education nationale a transmis aux participants les souhaits de bienvenue du gouvernement et du peuple malien et souligné le rôle irremplaçable des langues africaines dans le processus de développement, dans l'épanouissement des peuples africains. Il a ensuite signalé les échecs scolaires dus en grande partie à l'utilisation des langues non africaines dans l'enseignement et évoqué l'expérience du Mali, notamment dans le domaine de l'alphabétisation et de l'expérimentation de l'enseignement dans les langues nationales. Il a enfin déclaré que le Mali fonde beaucoup d'espoir sur les travaux dé cette réunion qui contribueront à la coopération entre les Etats utilisant les mêmes langues, évitant ainsi aux Etats africains d'éparpiller leurs efforts et de gaspiller leurs ressources humaines et matérielles.
Invités à titre personnel, et en conséquence ne représentant ni leurs institutions ni leurs pays respectifs, les experts suivants ont pris part aux travaux de la réunion (voir Annexe I)
M. G. Ansre (Ghana) M. F. Lumwamu (Congo)
M. Bamgbose (Nigeria) M. F. Ly (Mali)
M. A. Berthe (Mali) M. I. Mukoshy (Nigeria)
M. H. Bôt Ba Njock (Cameroun) M. A. Ouane (Mali)
M. 0. Cisse (Mali) M. H. Rahaingoson (Madagascar)
M. P. Diagne (Sénégal) M. K. Tera (Mali)
M. D. Kokora (Côte d'Ivoire) M. 0. Yai (Bénin)
M. D. Laya (Niger)
Les experts suivants n'ont pas pu, pour des raisons diverses, participer aux travaux de la réunion :
M. M.H. Abdulaliz (Kenya) M. Damane (Lesotho)
M. A. Afolayan (Nigeria) M. G. Doualamou (Guinée)
M. A. Babalola (Nigeria) M. Kamanzi (Burundi)
M. B. Coulibaly (Haute-Volta) M. A. Khamisi (Tanzanie)
M. K. Mateene (Zaïre) M. R. Serpell (Zambie)
M. Rubongoya (Ouganda) M. S. Shyirambere (Rwanda)
Les observateurs suivants ont participé aux travaux de la réunion
Mme R. Thomas (Audecam) M. E.O. Apronti (ICA)
M. M. Soumare (Aupelf) R.P. E. Balenghien (Saint Siège)
Par ailleurs, la DNAFLA, ainsi que l'Institut malien des sciences humaines ont délégué de nombreux observateurs à la réunion.
Le secrétariat de l'Unesco était représenté par :
M. Augustin Gatera, Division des études de cultures, Paris.
M. Z. Zachariev, conseiller, ED/SCM, Paris.
M. I. Katoke, conseiller culturel pour l'Afrique, Breda, Dakar.
M. C. Fyle, Breda, Dakar.
Mme M. Baugier, Division des études de cultures, Paris.
Après la séance d'ouverture, les experts ont désigné leur bureau qui se compose comme suit :
Président : M. Adama Berthe (Mali)
Vice-présidents : M. F. Lumwamu (Congo)
M. G. Ansre (Ghana)
Rapporteur : M. Olabiyi Yai (Bénin)
Après l'adoption de l'ordre du jour, M. A. Gatera a brièvement présenté les documents de travail de la réunion.
POINTS 1 ET 2 DE L'ORDRE DU JOUR
- ETENDUE GEOGRAPHIQUE ET NOMBRE DE LOCUTEURS
- STATUT
Sur ces deux points, les participants ont procédé à un large échange de vues qui s'est finalement révélé fructueux.
Il n'a pas été possible d'éviter des problèmes de définition. Les participants ont généralement estimé utile de reprendre et de raffiner la définition proposée par les réunions de Niamey (juillet 1978) et de Ouagadougou (septembre 1978) de la notion de langue d'intercommunication régionale.
Certains experts estiment que le poids démographique devrait constituer un critère fondamental.. Mais la réunion, dans son ensemble, a adopté la définition minimale de la langue d'intercommunication régionale, à savoir le fait d'être parlée dans au moins deux Etats africains. Dans cette perspective, la liste suivante a été établie, qui ne se prétend pas exhaustive
Afrique occidentale
- Fulfulde (Sénégal, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Sierra Leone, Mali, Haute-Volta, Niger, Nigéria, Cameroun, Bénin, Soudan, Tchad, Mauritanie).
- Hawsa (Niger, Nigeria, Soudan, Cameroun, Ghana).
- Kanuri (Nigeria, Niger, Tchad, Cameroun).
- Manding (Mali, Sénégal, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria, Gambie, Sierra Leone, Côte d'Ivoire, Haute-Volta).
- Songhay-zarma (Mali, Niger, Bénin).
- Tamasheq (Mali, Niger, Algérie, Libye, Maroc).
- Yoruba (Nigeria, Bénin, Togo).
- Wolof (Sénégal, Gambie).
- Ewe (Ghana, Togo).
- Bariba (Bénin, Nigeria).
- Soninke (Mali, Mauritanie, Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau).
- Tubu (Niger, Tchad).
- Gurmance (Haute-Volta, Bénin, Niger, Togo).
- Bomu (Haute-Volta, Mali).
- Basaa (Angola, Cameroun, Kenya, Zambie)
- Ruhaya, runyoro, rutorc, (Tanzanie, Ouganda).
- Chokwe-lunda (Angola, Zaïre, Zambie).
- Kissi-temne (Guinée, Libéria, Sierra Leone).
- Kru (Côte-d'Ivoire, Libéria).
- Hassaniya (Libye, Maroc, Mali, Mauritanie, etc.).
- Senufo ou syenara-mamara (Côte d'Ivoire, Haute-Volta, Mali).
- Nzema (Ghana, Côte d'Ivoire).
- Nafaara (Ghana, Côte d'Ivoire).
- Nkuraeng (Ghana, Côte d'Ivoire).
- Dagaari (Haute-Volta, Ghana).
- Kasem (Haute-Volta, Ghana).
- Sisaala (Haute-Volta, Ghana).
- Bimoba (Ghana, Togo).
- Chakosi (Ghana, Togo).
- Konkomba (Ghana, Togo).
Afrique centrale et orientale'
- Kiteke (Congo, Zaïre, Gabon).
- Kimboshi (Congo, Zaïre).
- Aja (Bénin, Togo).
- Ewondo-fang (Gabon, Guinée équatoriale, Cameroun, Congo).
- Kikongo (Zaïre, Angola, Congo, Gabon).
- Kinyarwanda et kirundi (Rwanda, Burundi, Tanzanie, Zaïre, Ouganda).
- Kiswahili (Tanzanie, Kenya, Zaïre, Ouganda, Mozambique, Malawi, Comores, Somalie, Madagascar, Soudan).
- Lingala (Zaïre, Congo).
- Oromo (Ethiopie, Kenya).
- Sango (République Centrafricaine, Tchad, Congo, Zaïre, Cameroun).
- Somali (Somalie, Kenya, Ethiopie, Djibouti).
- Luo (Kenya, Tanzanie, Soudan, Ethiopie, Ouganda).
- Masai (Kenya, Tanzanie).
- Gbaya (Cameroun, République Centrafricaine).
Afrique australe
- Tswana-sotho (Botswana, Lesotho, Afrique du Sud).
- Nguni-xhosa-zulu-swati-ndebele (Afrique du Sud, Zimbabwe, Swaziland).
- Shona (Zimbabwe, Mozambique).
- Nyanya-cewa (Malawi, Mozambique, Zimbabwe, Zambie).
- Ronga-tsonga (Mozambique, Zimbabwé, Afrique du Sud).
Outre ce critère de définition minimal, les participants ont également retenu les critères additifs suivants, qui sont des critères de sélection pouvant guider les hommes politiques dans l'éventualité de choix concertés au niveau régional ou continental :
- le poids démographique de la langue,
- l'usage de la langue par des locuteurs non natifs,
- les domaines d'utilisation de la langue,
- son statut national,
- l'existence de matériaux écrits sur et dans la langue.
Les participants ont noté que certaines langues sont engagées dans un processus de Koiné (lingua franca). Pour d'autres, il s'agit de continuums linguistiques pour lesquels l'intercompréhension, même si elle n'est pas immédiate, pourrait être facilitée par des facteurs socio-économiques (intégration économique, planification linguistique, etc.). Les participants ont exprimé le voeu que les Etats africains favorisent des structures qui rendent possible une interaction des populations parlant les mêmes langues à travers les frontières. Les problèmes de standardisation linguistique en seraient plus aisément solutionnés.
Les participants ont été unanimes à déplorer l'absence de statistiques à jour sur les langues africaines. Ils estiment cependant que l'ère des jugements impressionnistes devrait être révolue et que, pour chaque langue africaine et particulièrement celles qui sont régionales, une estimation chiffrée est un préalable à toute tentative de planification linguistique.
Dans cet ordre d'idée, il a été souligné que dans leur effort d'obtenir des indications chiffrées pour chaque langue africaine, les Etats devraient tenir compte du phénomène du bi/multilinguisme en Afrique. Les chiffres devraient donc indiquer aussi bien le nombre de locuteurs autochtones que celui de ceux qui l'utilisent comme deuxième langue. La réunion demande aux Etats d'inclure systématiquement le paramètre linguistique dans tous les recensements de population.
Les experts ont noté avec satisfaction que quelques projets d'atlas linguistiques ou sociolinguistiques sont en cours de réalisation sous l'égide d'institutions régionales et avec la participation ou collaboration de l'Unesco ou d'autres organismes internationaux.
Les débats ont été axés sur deux orientations
Les participants ont tenu à faire remarquer qu'il est illusoire de confiner les langues africaines à des fonctions purement émotives ou sectorielles et utilitaristes (alphabétisation des adultes). Il importe, au contraire, de les investir concomitamment dans les secteurs vitaux de la vie des peuples africains, à savoir l'éducation à tous ses niveaux, la politique, l'information, les affaires et l'administration. C'est à ce prix, pensent-ils, qu'elles survivront dans le monde moderne et contribueront à libérer l'homme africain et à le mieux situer sur la scène internationale.
Les participants ont constaté à cet égard qu'il est indispensable que les responsables politiques prennent des décisions à même de promouvoir les langues africaines régionales ou sous-régionales en généralisant leur utilisation effective comme instruments de connaissance et de communication propres à traduire les réalités du monde moderne liées au progrès scientifique et technologique dans tous les domaines de la vie publique.
Le débat a fait ressortir des différences significatives entre les différentes langues africaines régionales au plan du statut, du niveau et des domaines d'utilisation.
Il ressort des exposés que la plupart sont utilisées à la radio et à la télévision. Pour certaines, la proportion atteint 80 % des émissions nationales.
Les participants notent cependant que le personnel responsable des émissions en langues africaines ne reçoit pas toujours la formation requise. Le voeu a été exprimé de leur donner une formation technique adéquate pour éviter l'amateurisme et l'improvisation.
Les participants ont également souhaité que les animateurs puissent suivre des stages régionaux, afin de maîtriser les terminologies standards pour les mêmes langues.
Certaines langues servent déjà de véhicules du savoir dans les deux ou trois premières années du primaire. D'autres, à cet égard, entrent seulement dans une phase d'expérimentation. Quelques rares ont même servi de véhicules du savoir dans tout le primaire ou dans le secondaire.
Les participants ont examiné toutes ces expériences à la fois avec intérêt et esprit critique.
Ils ont déploré le manque d'esprit de suite dans toutes ces expériences et, dans quelques cas, quelque impréparation. Ils ont exprimé le voeu que les gouvernements africains soient plus ambitieux, fassent montre d'une vision claire des étapes dans leurs futures expériences.
Il est heureux de constater que la plupart des rapports font état de programmes d'alphabétisation dans les langues régionales dont ils rendent compte.
Les opérations d'alphabétisation sont l'oeuvre d'initiatives publiques (organismes nationaux, sociétés d'Etat, etc.) ou privées (missions, académies, etc.). Le rôle de l'Unesco, dans l'amélioration de ces opérations d'alphabétisation, a été souligné.
Certains participants ont fait ressortir que l'alphabétisation en langues africaines régionales ne devrait pas se limiter aux seuls ruraux. Un tel confinement revient, dans le contexte politique actuel de l'Afrique, à une "division des langues", qui reflète la division des classes de nos sociétés : langues africaines pour les paysans, langues européennes de grande communication pour les élites urbaines. Il est donc souhaitable, a-t-on conclu, que les élites urbaines soient également alphabétisées dans les langues africaines régionales.
Un autre domaine d'utilisation des langues régionales est la presse écrite. Quelques langues possèdent un ou deux journaux généralement ruraux. Rares sont celles qui peuvent s'enorgueillir d'une presse écrite quotidienne et de romans-photos. Cette presse est généralement médiocre.
L'utilisation des langues régionales dans l'enseignement supérieur comme objet d ' étude et véhicule du savoir est plutôt l'exception que la règle.
Avant d'aborder les points 3 et 4 de l'ordre du jour, les experts ont tenu à insister sur les remarques suivantes :
1. Le choix des langues régionales de communication à promouvoir est du ressort exclusif des Etats. Le rôle de l'expert se limite, au niveau de l'Unesco, à pourvoir les éléments d'appréciation pouvant éclairer ces choix.
2. Les participants réitèrent que le choix de langues à vocation régionale à promouvoir ne saurait avoir pour conséquence nécessaire la négligence des autres langues dites minoritaires. Les experts réaffirment que le droit à la science et à la culture dans sa langue maternelle est un droit imprescriptible de tout homme.
3. L'idée a fait son chemin que les réunions régionales au niveau des organisations africaines et de l'Unesco pourraient être conduites, à titre exemplaire, dans les langues africaines régionales. Le voeu a donc été exprimé que les modalités d'expérimentation et de mise en oeuvre d'une telle proposition soient envisagées et étudiées dans les prochaines réunions de l'Unesco.
4. Reprenant à leur compte une idée déjà exprimée au colloque de Ouagadougou (1978), certains participants ont suggéré qu'il était temps de se défaire des conceptions et modèles européens de l'Etat nation monolingue. L'histoire africaine nous présente plutôt des géopolitiques multilingues dans lesquelles des liens autres que linguistiques unissaient les citoyens. De tels modèles, suggère-t-on, ne sont pas sans pertinence dans la situation postcoloniale que nous vivons.
POINTS 3 ET 4 DE L'ORDRE DU JOUR :
- INSTITUTIONS MENANT LES RECHERCHES
Le but des débats était de faire l'inventaire des infrastructures institutionnelles et techniques à la disposition des différents pays. Il ressort de ces débats que les institutions sont de différentes natures et orientations. Certaines sont héritées de structures coloniales. D'autres sont de création récente. Certaines ont la possibilité d'orienter les recherches selon les besoins et les choix des chercheurs. D'autres sont des institutions d'Etat avec des programmes déterminés.
Tous les experts ont déploré le manque de coopération entre les diverses institutions menant des recherches sur les langues interafricaines. On peut saisir ces carences à deux niveaux
- au niveau des Etats : manque de coopération entre des infrastructures institutionnelles d'un même Etat ;
- au niveau inter-Etats : manque de coopération entre les institutions menant des recherches sur une même langue parlée par deux, trois Etats ou plus.
Dans une tentative d'explication de ce phénomène, les participants ont avancé plusieurs causes :
- background colonial différent
- politiques culturelles disparates
- absence de politique linguistique.
Les participants ont insisté sur le fait que ce manque de coopération doit être repesé au niveau politique. Il s'agit d'un problème d'orientation et d'affinités politiques. Cependant, le rôle que peut jouer l'Unesco dans la prise de conscience d'une possibilité de coopération entre Etats est considérable. L'Unesco devra intensifier son travail d'information et de coordination à travers les centres régionaux existants et à créer.
Quelques participants ont fait état de la coopération existant, à titre personnel, entre les chercheurs de nationalités différentes travaillant sur des langues régionales. Pour remédier à cette absence de coopération institutionnalisée, les participants ont souhaité :
a) que les réunions d'experts sur les langues régionales ou sous-régionales soient suivies de rencontres et de décisions pour exécution au niveau des responsables politiques des Etats intéressés ;
b) que les réunions sur les langues régionales ou sous-régionales s'appuient, dans la mesure du possible, sur les infrastructures géopolitiques déjà existantes (UDEAC, CDEAO, CPGL, etc.).
Avant d'aborder le deuxième volet important de la réunion, qui doit élaborer un programme coordonné de recherches et de publications, la réunion a jugé utile d'instaurer un débat théorique exploratoire pour définir le cadre conceptuel du schéma global de coopération entre Etats, en vue de la promotion des langues qui leur sont communes. A l'issue du débat, trois commissions recouvrant trois aires géographiques différentes (Afrique occidentale, Afrique centrale, Afrique orientale et australe) ont alors été constituées avec mandat d'élaborer des programmes concrets pour les langues interafricaines concernées.
Le schéma global suivant, fruit de débats en assemblée plénière, a été proposé pour inspirer les propositions et recommandations.
POINT 5 DE L'ORDRE DU JOUR :
- PROGRAMME COORDONNE DE RECHERCHES ET DE PUBLICATIONS
a) Elaboration d'un schéma global de coopération entre Etats en vue de la promotion des langues qui leur sont communes
Compte tenu des débats engagés à partir de la documentation mise par l'Unesco à la disposition des participants, des exposés présentés et des échanges de vues auxquels ces derniers ont donné lieu, les experts ont dégagé les conclusions suivantes, qui servent de toile de fond à l'élaboration des projets concrets sur les langues interafricaines choisies.
1. Bien qu'à la longue il sera possible de parvenir à dresser une liste exhaustive des langues interafricaines et les pays dans lesquels elles sont parlées, il est pratiquement impossible de pouvoir obtenir, dans un avenir plus ou moins proche, le nombre de locuteurs (natifs ou non natifs) de chaque langue considérée. A ce sujet, donc, tous les chiffres donnés ne constituent que des indications souvent très approximatives. Les experts ont estimé qu'il était hautement souhaitable que soient effectués des recensements comportant un volet linguistique.
2. A travers tous les pays dans lesquels elle est utilisée, une même langue est caractérisée par une importance démographique différente, ainsi que des statuts, des domaines et des niveaux d'utilisation différents. En tout état de cause, les experts ont noté que, dans de très nombreux cas, les recherches sont fort avancées dans l'un ou l'autre pays, alors qu'elles ne sont même pas envisagées ou qu'elles sont à un stade embryonnaire dans d'autres pays intéressés par une même langue.
3. Pour être en mesure de dresser la liste de toutes les institutions africaines travaillant à la promotion des langues interafricaines, il aurait fallu réunir des spécialistes provenant de tous les Etats africains. Les experts ont donc, en général, présenté les institutions existant dans leurs pays respectifs et signalé quelques institutions existant dans certains pays dont les ressortissants ne participaient pas aux travaux de la réunion. Afin de combler cette lacune, il est souhaitable que l'Unesco se mette en contact avec les pays concernés.
4. Les experts ont noté que rares sont les mécanismes officiels de coopération systématique entre les Etats utilisant une même langue africaine. Toutefois, des projets ont été signalés dans ce sens, notamment le projet d'Atlas sociolinguistique des Etats du Conseil de l'entente (projet ASOL) et le projet de promotion des langues peul-mandingue. Les experts ont, dans bien des cas, déploré que même au niveau de chaque Etat cette coopération ne s'est pas encore instaurée. Les responsables des recherches linguistiques ou pédagogiques et des mass média ne se concertent jamais ou très rarement, alors qu'ils travaillent à la promotion d'une même langue. Ce manque de coopération a comme conséquence de gaspiller les ressources disponibles, alors qu'il serait plus rationnel de profiter de l'expérience déjà acquise dans d'autres pays ou même d'utiliser le matériau déjà disponible sur place ou dans les autres pays de même aire linguistique.
5. Les experts ont, par ailleurs, rappelé que les responsables politiques, malgré leurs déclarations de principe, ne donnent pas toujours suite à leurs recommandations ou, dans certains cas, continuent à freiner la promotion des langues africaines.
6. Pour concrétiser la coopération interafricaine, les experts présents à Bamako se sont engagés à envoyer, dans les plus brefs délais, les informations suivantes aux institutions et spécialistes africains travaillant sur les mêmes langues interafricaines :
- brève description de l'institution à laquelle on appartient (date de lancement, programme en cours, réalisations, etc.)
- liste des travaux déjà réalisés ainsi que, dans la mesure du possible, un exemplaire desdits travaux ;
- les facilités (stages, publications, etc.) que l'on serait en mesure d'offrir aux chercheurs des autres institutions menant des recherches sur la même langue ;
- liste des autres institutions nationales intéressées à la même langue. A ce sujet, les experts ont reconnu que, somme toute, ils avaient déjà une marge de manoeuvre assez importante ;
- la nature du concours attendu.
7. Les experts ont constaté qu'il était temps de passer à la phase opérationnelle car, dans la plupart des cas, les recherches théoriques sont très avancées, du moins dans certains pays. Pour ce faire, ils ont estimé très urgent d'établir des contacts entre tous les responsables de la promotion des mêmes langues interafricaines, notamment les linguistes, les pédagogues et les responsables des médias (presse écrite et parlée), l'objectif étant de parvenir à l'utilisation de ces langues à tous les niveaux, ceci compte tenu de l'urgente nécessité de permettre à toute la population africaine de prendre effectivement part à toutes les activités de la vie nationale. Ils ont, à cet effet, regretté que la grande majorité de la population africaine soit marginalisée par l'utilisation des langues étrangères.
8. Constatant qu'il n'existe aucune structure de coordination entre linguistes et associations de linguistes au niveau du continent, les experts souhaitent que l'Unesco et d'autres organisations intéressées mettent tout en oeuvre pour faciliter la coopération à l'échelle du continent de tous les responsables de la promotion des langues africaines.
9. Les participants ont constaté que les Etats africains, lors même qu'ils ont fait une option linguistique claire en faveur des langues africaines, n'ont pas toujours procédé à une évaluation globale, précise et échelonnée du coût des opérations et projets, surtout à moyen et long terme. Pour pallier cette insuffisance, les participants ont souhaité que l'Unesco soit consultée et joue un rôle plus dynamique dans la recherche des sources de financement et l'évaluation des coûts des projets de promotion des langues africaines au niveau national et régional.
10. Tous les experts ont souligné les difficultés auxquelles se heurtent la publication et la diffusion de leurs travaux, difficultés encore plus accrues quand il s'agit de la création littéraire en langues africaines. Ils ont souligné combien la coopération entre pays dans lesquels une même langue est parlée fournirait un marché plus vaste et favoriserait par là la production en langues africaines et en priorité pour le public africain.
11. Les experts ont vivement souhaité que des contacts soient pris avec l'Union de radios et télévisions nationales africaines (URTNA) dont le siège est à Dakar en vue d'un échange systématique de programmes radiophoniques entre les Etats africains qui partagent les mêmes langues d'intercommunication.
COMMISSION "AFRIQUE ORIENTALE ET AUSTRALE"
I - PROJET KISWAHILI
Les critères établis en vue de l'identification d'une langue comme langue d'intercommunication régionale ont permis de retenir le kiswahili en ce qui concerne la partie est de l'Afrique.
C'est d'ailleurs un fait acquis depuis longtemps et sur lequel il n'y a pas lieu de revenir ; le problème est dès lors de savoir comment procéder pour que le kiswahili puisse effectivement jouer le rôle qui lui est assigné.
1. Politique de promotion du kiswahili
i) Au niveau des universités, centres et instituts de recherche
Plusieurs universités, centres et instituts, tant en Afrique de l'Est qu'ailleurs, s'adonnent, à l'heure actuelle, à l'étude et/ou à l'enseignement du kiswahili comme langue maternelle ou comme langue étrangère. Malheureusement, l'on constate que souvent il y a entre ces différents organismes un manque de contact et une absence de coopération.
En vue d'une mise en commun des efforts et pour un échange fructueux d'expériences indispensables à la promotion du kiswahili, la réunion :
- invite les universités, centres et instituts travaillant sur et/ou enseignant le kiswahili à établir un système d'échanges et des liens de coopération entre eux ;
- demande à l'Eacrotanal de jouer un rôle de coordination dans cette perspective.
ii) Au niveau des Etats swahiliphones
Dans les pays swahiliphones, des recherches et des réalisations ont été faites sur et dans le kiswahili pour faire de cette langue un instrument de transmission de la connaissance et de communication adapté au monde moderne ; cependant, ici aussi, on déplore une insuffisance de contact qui aboutit parfois à des points de vue divergents et préjudiciables à la promotion du kiswahili c'est pourquoi la réunion :
- recommande l'échange et encourage la libre circulation de documents, matériels et ouvrages en kiswahili entre les différents pays (livres d'enseignement, manuels d'éducation pour adultes, oeuvres littéraires ou de vulgarisation technique, etc.) ;
- demande aux Etats concernés d'étudier un système harmonisé pour la transcription et la graphie, l'enrichissement du vocabulaire, l'élaboration et l'édition d'ouvrages en vue de la promotion du kiswahili ;
- préconise l'utilisation du kiswahili dans tous les domaines de la vie nationale : éducation à tous les niveaux, administration, vie politique, etc.