Présentation d'un résumé de la conférence à Ibadan en 1964 pour les lecteurs du site Bisharat!. Retourner à la page des Documents de base.


Langues et politiques de langues en Afrique noire : l’Expérience de l’UNESCO, édité par Alfâ Ibrâhîm Sow (Nubia, Paris, 1977)

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Première partie

ORIENTATION ET MOYENS

D’UN PROGRAMME OPÉRATIONNEL

APPLIQUÉ À L’ALPHABÉTISATION

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CHAPITRE II

 

RÊUNION D'EXPERTS SUR L'UTILISATION

DE LA LANGUE MATERNELLE

POUR L'ALPHABÉTISATION

 

En décembre 1964, l'Unesco a convoqué une réunion de vingt-deux experts linguistes à l'Université d'Ibadan afin d'étudier les problèmes soulevés par l'utilisation des langues africaines dans l'alphabétisation.

 

Les participants ont donc examiné l'aspect linguistique de ces problèmes et un certain nombre de questions connexes, notamment :

 

  1. l'évaluation des investissements (financement et temps) nécessaires à la mise au point des langues africaines à des fins d'alphabétisation ;
  2. les incidences pratiques des diverses politiques lin­guistiques ;
  3. la nécessité d'entreprendre certaines recherches de « motivation » pour le choix de la langue à utiliser ;
  4. et la question de la coopération interafricaine.

 

Sur l'ensemble de ces questions, la réunion aboutit aux conclusions suivantes.

 

I. PROBLÈMES LINGUISTIQUES GÉNÉRAUX

 

Le développement des langues maternelles pour l'alphabétisation et la littérature est un facteur essentiel à la dignité des peuples africains. Bien conçu, un tel développement permettra d'accélérer et non de retarder l'expansion de l'instruction pari passu dans une langue de grande communication comme l'anglais ou le français.

 

L'Afrique est polyglotte depuis des siècles et sur toute sa superficie. Ceci doit être encouragé et développé. Les participants déplorent l'attitude généralisée visant à sous-estimer l'importance et la difficulté de l'étude des langues africaines. On ne peut absolument pas qualifier une seule de ces langues comme « primitive »; en fait, les langues africaines sont des langues complexes aussi bien du point de vue de leurs systèmes phonologiques que de celui de leurs structures grammaticales.

 

i. Nécessité d'une analyse linguistique fondamentale

 

Nécessaire avant toute campagne d'alphabétisation bien structurée, l'analyse linguistique fondamentale exige du temps. Et les études qu'elle requiert ne peuvent être menées à bien par des amateurs; il faut des linguistes expérimentés. S'il s'agit d'une langue non encore écrite, on peut en obtenir, après un programme de cinq ans, une description complète des sons et de la grammaire et une collection de textes ainsi qu'un dictionnaire préliminaire. Sur le plan pratique, un tel programme aboutirait à une orthographe et à un matériel didactique permettant à un élève moyen d'apprendre à lire et à comprendre des textes simples préparés spécialement à son intention et ensuite d'arriver au stade de l'alphabétisation fonctionnelle en six mois ou un an. Ce programme rendrait possible, également, la formation d'un groupe d'enseignants provenant des éléments les plus qualifiés de la population locale.

 

Pour les langues où existent déjà certains textes, des grammaires et dictionnaires restent nécessaires.

 

2. Production d'alphabets

 

Les langues africaines présentent des problèmes très variés en ce qui concerne le genre et l'ampleur des difficultés qu'elles posent pour l'élaboration d'alphabets pratiques. Par exemple, des langues bantoues orientales, tel le swahili, ont été écrites depuis plus d'un siècle. Néanmoins, beaucoup, de langues, surtout en Afrique occidentale et dans le reste du continent également, présentent des problèmes extrêmement complexes qui exigent toutes les ressources de la phonétique et de la linguistique pour être résolus. Pour une langue non écrite de ce genre, on estime qu'une période minimum de cinq ans est nécessaire avant que l'on puisse entreprendre une campagne d'alphabétisation utile.

 

Divers participants ont souligné l'importance qu'il y a de prévoir une période suffisante pour la recherche et la préparation de matériel. Il faudrait environ un an pour mettre au point une description préliminaire de la langue permettant de former des moniteurs d'alphabétisation pour commencer, et quatre ans pour élaborer une analyse grammaticale complète, une collection de textes et un dictionnaire préliminaire.

 

3. Programme d'urgence à court terme

 

Il est convenu que, dans certains cas, un linguiste compétent pourrait suggérer des mesures à court terme, y compris une orthographe provisoire, ceci dans une période de trois mois (par exemple quand la langue en question est très proche d'une langue qui a déjà été bien étudiée). On souligne qu'il s'agit là de mesures à caractère strictement provisoire et qui doivent être considérées comme constituant la première étape d'un programme à long terme. Dans de telles circonstances, il est presque inévitable que l'on soit amené à apporter des modifications à l'orthographe, c'est-à-dire non seulement à l'alphabet, mais encore aux conventions établies pour la division des mots, les contractions, etc...

 

Ces activités expérimentales à court terme ne sauraient en aucun cas être considérées comme un substitut à l'étude à long terme nécessaire.

 

4. Assistance et participation locales

 

Un des autres facteurs soulignés est celui de la contribution de la population locale. Le linguiste qui connaît bien la région pourra assurer une formation sur le terrain. Avec une telle formation pratique, les populations locales pourront, quant à elles, apporter une contribution valable, par exemple en rassemblant des textes, en préparant des dictionnaires et aussi en fournissant un noyau de gens susceptibles d'aider les autres à lire le matériel d'alphabétisation lorsqu'il deviendra disponible.

 

5. Alphabets pour l'alphabétisation

 

Il faut généralement réaliser un certain équilibre entre un encombrement de détails scientifiques et ce qui est facilement assimilable sur le plan humain. Il faut reconnaître que, lorsqu'un linguiste est obligé de produire une «orthographe » avant qu'il n'ait réellement terminé son analyse, le' résultat risque d'être beaucoup plus compliqué que le travail fait une fois la description fondamentale achevée.

 

Dans le choix des symboles pour un alphabet, on pourra tenir compte de facteurs tels que la ressemblance de cet alphabet avec celui qu'utilise une langue internationale comme le français ou l'anglais. On pense également souhaitable que les symboles choisis aient une valeur identique dans les divers alphabets des langues d'un même pays.

 

Néanmoins, de telles considérations doivent s'appliquer avec discernement, de façon à ne pas violer le système phonologique de base de la langue considérée.

 

IL ÉVALUATION DES INVESTISSEMENTS NÉCESSAIRES À LA MISE AU POINT DES LANGUES AFRICAINES POUR L'ALPHABÉTISATION

 

L'alphabétisation dans les langues parlées dans un pays donné doit être envisagée comme faisant partie du plan d'ensemble de développement économique et être traitée au même niveau que la construction de routes, d'aéroports et d'écoles. Dans ce contexte, les besoins énumérés ci-dessous sont relativement modestes.

 

1. Développement des langues ayant déjà quelques bases littéraires

 

Pour des langues disposant de bases littéraires relativement solides, on peut envisager des campagnes d'alphabétisation très tôt, à condition de recourir aux directives constantes et pertinentes d'un linguiste professionnel.

 

Ainsi, la mise au point de langues comme le hawsa, le swahili ou le twi pour l'alphabétisation, exige des investissements très différents de ceux à envisager pour des langues non écrites. Il faudra sans doute avoir recours aux services de plusieurs linguistes aux spécialités différenciées pour :

 

  1. mettre à jour les anciens et volumineux dictionnaires et grammaires pour qu'ils soient utilisables ;
  2. résoudre les problèmes épineux soulevés par les orthographes multiples dont sont souvent dotées ces langues ;
  3. élaborer un matériel de lecture complémentaire.

 

2. Financement et temps nécessaires au développement des langues non encore écrites à des fins d'alphabétisation

 

Pour la question de temps, il existe un dilemme fondamental entre, d'une part l'urgence qu'il y a de commencer aussitôt que possible un programme d'alphabétisation et, d'autre part le temps nécessaire pour que les recherches fondamentales et appliquées puissent être faites.

 

Sur le plan financier, selon la nature et la complexité de la situation linguistique en cause, les services d'un linguiste qualifié sont nécessaires pendant une période de trois à cinq ans. Les points suivants ont été signalés : salaire et allocations ; voyage ; déplacements sur le terrain ; secrétariat ; matériel (y compris un bon magnétophone et des bandes magnétiques) ; adjoint spécialisé; informateurs et personnel de transcription; équipement divers pour le travail tout terrain (matériel de camping, etc.) et fonds de réserve.

 

On estime que les dépenses nécessaires pour couvrir ces besoins pour une langue ou un groupe de langues dans un pays comme le Nigéria s'élèveraient à un total de quatorze mille cinq cents dollars par an, au niveau des prix de 1964.

 

Cette somme est globale et il n'est pas suggéré qu'elle soit assumée par une seule institution. Les frais pourraient en effet être pris en charge par l'Unesco, les gouvernements nationaux et locaux, les institutions étrangères d'assistance et des organisations bénévoles de toutes sortes.

 

III. INCIDENCES PRATIQUES DES POLITIQUES LINGUISTIQUES

 

Un certain nombre d'options linguistiques possibles pour les gouvernements africains dans le domaine de l'alphabétisation des adultes ont été mentionnées comme suit

 

  1. utilisation d'une seule langue africaine ;
  2. utilisation de toutes les langues africaines du pays ;
  3. utilisation d'un certain nombre de langues africaines choisies selon des critères définis par le gouvernement ;
  4. utilisation des langues africaines avec, pour objectif final, l'alphabétisation dans une langue mondiale de grande communication ;
  5. utilisation d'une langue mondiale de grande communication pour l'ensemble des travaux d'alphabétisation.

 

IV. RECHERCHES DE « MOTIVATION » POUR LE CHOIX DE LA LANGUE

 

Il est suggéré qu'un programme de recherches soit entrepris afin de déterminer si la « motivation » de l'élève adulte est affectée par le choix de la langue ou des langues à utiliser au cours des différentes étapes de mise en oeuvre des campagnes d'alphabétisation.

 

V. COOPÉRATION INTERAFRICAINE DANS LE DOMAINE DE L'ALPHABÉTISATION DES ADULTES

 

Puisque les gouvernements africains ont, déclaré leur intention de réaliser l'unité continentale, l'Unesco pourrait, en collaboration avec l'Organisation de l'unité africaine, formuler une série de propositions concrètes pour résoudre ensemble certains problèmes linguistiques.

 

1. Systèmes de transcription normalisés

 

Il serait souhaitable que les pays africains coopèrent, en effet, en vue d'harmoniser leurs efforts en matière d'études et de recherches linguistiques et qu'ils mettent au point, en commun, des systèmes de transcription et d'orthographe normalisés pour toutes leurs langues ou pour certaines d'entre elles.

 

2. Le rôle des universités africaines

 

On a également souligné la nécessité d'obtenir l'assistance des universités africaines et, plus particulièrement, des départements de linguistique qui fonctionnent dans ces universités.

 

On estime par ailleurs que la coopération interafricaine dans le domaine de l'alphabétisation des adultes et de la politique linguistique de chaque État doit comprendre

 

  1. les recherches linguistiques ;
  2. la formation du personnel qualifié ;
  3. la publication de manuels et la production de matériel de lecture pour l'alphabétisation.

 

Le cas échéant, ce modeste programme de coopération pourrait être complété et mis en oeuvre par des institutions régionales comme, par exemple, le East African Literature Bureau.

 

VI. RECOMMANDATIONS DE LA RÉUNION D'EXPERTS

 

La réunion d'experts sur l'utilisation de la langue maternelle pour l'alphabétisation a discuté et adopté, en séance plénière, les six recommandations suivantes élaborées par ses commissions techniques ainsi qu'une suggestion spéciale relative à la collecte systématique de données sur l'alphabétisation dans les États africains.

 

1. Motivations et importance des Programmes d'alphabétisation

 

a. Considérant que l'identification et la compréhension des facteurs qui influencent la motivation des adultes devraient jouer un rôle important dans la mise au point d'une stratégie efficace pour les campagnes d'alphabétisation, la réunion recommande :

 

i.                     que, dans chaque pays où l'on organise des campagnes d'alphabétisation, des recherches soient effectuées sur la motivation des élèves adultes dans des localités représentatives, en tenant compte de facteurs tels que l'extension de l'éducation, la vigueur des cultures traditionnelles et l'extension de l'économie de marché ;

ii.                   que ces études soient faites, normalement, avant tout lancement d'une campagne d'alphabétisation ;

iii.                  que les frais de ces études soient considérés comme un élément du coût normal d'une campagne d'alphabétisation.

 

b. Notant que l'intérêt pour l'éducation des adultes est rarement réparti de façon uniforme dans un pays, quel qu'il soit, la réunion recommande que des dispositions appropriées soient prises pour stimuler l'intérêt dans les régions où il apparaît faible et pour faire en sorte qu'une fois stimulé, cet intérêt ne reste pas insatisfait.

 

c. Notant que la motivation des élèves adultes, en ce qui concerne l'alphabétisation en langue maternelle, est influencée dans une large mesure par l'existence de matériel de lecture approprié, la réunion recommande que les organismes gouvernementaux et non-gouvernementaux qui s'occupent d'alphabétisation prennent des dispositions en vue d'assurer qu'un matériel de lecture adapté à l'intérêt des adultes et facilement assimilable par eux soit fourni en quantités suffisantes et à un coût raisonnable.

 

d. Afin de développer la motivation chez les adultes, la réunion recommande que, lorsque les gouvernements prévoient l'utilisation d'une langue pour l'alphabétisation des adultes, ils reconnaissent en même temps officiellement cette langue, par exemple en la faisant figurer dans les programmes scolaires et en en faisant la matière d'un examen reconnu par l'État.

 

e. Notant que les gouvernements africains ont convenu, à la Conférence d'Addis-Abéba, d'allouer un pourcentage donné de leur budget annuel à l'éducation, y compris l'alphabétisation des adultes, la réunion recommande que des rapports périodiques soient établis par l'Unesco pour montrer le volume des ressources financières directement ou indirectement consacrées à l'alphabétisation des adultes.

 

2. Problèmes linguistiques généraux

 

Lorsqu'un gouvernement prépare une action d'alphabétisation

a. dans une langue jusqu'alors mon écrite, il est recommandé qu'un linguiste compétent soit chargé de :

 

-         faire une analyse phonémique pour servir de base à un alphabet scientifique ;

-         faire une analyse grammaticale ;

-         préparer un lexique préliminaire.

 

Pour l'élaboration de l'alphabet, on devra

 

-         adopter comme principe prioritaire que chaque phonème de la langue doit avoir, dans l'alphabet, une représentation graphique et une seule ;

-         faire en sorte qu'aucune considération n'amène à violer les principes phonologiques généraux surtout lorsqu'il convient de tenir compte, dans le choix des signes, de facteurs tels que l'utilité de la conformité avec un système d'écriture établi (latin, arabe, amharique) ; ou de l'analogie 'avec une langue internationale comme l'anglais ou le français ; ou de l'uniformité à l'intérieur du pays tout entier.

 

S'il y a hésitation quant au dialecte à choisir pour l'alphabétisation, on procèdera à une enquête sur les dialectes existants pour déterminer leurs rapports linguistiques et leur degré d'intelligibilité afin de présenter un rapport sur les facteurs dont il convient de tenir compte.

 

Il est demandé à l'Unesco de fournir une assistance aux gouvernements qui sollicitent le concours de linguistes aux fins ci-dessus énumérées.

 

b. Lorsqu'une langue africaine est utilisée à des fins d'alphabétisation, la réunion recommande que le gouvernement qui mène l'expérience soit encouragé à assurer la publication :

 

-         d'un dictionnaire;

-         d'une grammaire technique contenant l'analyse linguistique de base sur laquelle est fondée la grammaire non technique;

-         d'une grammaire de caractère non technique à l'intention du grand public ;

-         d'une collection de textes d'une production soignée dans la langue considérée.

 

La réunion recommande que l'Unesco soit instamment priée d'appuyer :

 

-         des projets pour la collecte et la publication de textes oraux, de tels textes pouvant fournir un matériel de lecture approprié pour l'alphabétisation ;

-         la préparation de bibliographies générales des ouvrages en langues africaines.

 

Elle souhaite en outre que l'Unesco prenne des dispositions en vue de l'établissement et de la publication de fiches analytiques à feuilles mobiles concernant les langues de l'Afrique. Ces fiches donneraient, sous forme concise et normalisée, les informations qui suivent : nom de la langue ; autres noms sous lesquels la langue a été connue; région où elle est parlée; nombre de personnes qui la parlent ; nombre et noms des principaux dialectes. En outre, ces fiches donneraient la phonologie, les alphabets utilisés, une courte liste de mots et un bref aperçu de la grammaire de la langue considérée. Une section bibliographique serait exhaustive pour les langues peu connues et sélective pour celles qui sont mieux étudiées. Elle comporterait également une liste de publications utilisées pour l'alphabétisation dans la langue en question.

 

Lorsqu'il est prévu de passer de l'alphabétisation en une certaine langue à l'alphabétisation dans une autre langue, il convient de procéder à une analyse contrastive des deux langues considérées.

 

3. Politique linguistique et alphabétisation

 

a. La réunion, notant que certains gouvernements n'explicitent pas le ur politique linguistique;

    considérant qu'une politique linguistique clairement définie permettrait à tous les responsables de l'alphabétisation de prendre conscience de l'importance de la tâche qui les attend,

    exprime le voeu que chaque gouvernement formule nettement sa politique linguistique;

    insiste sur la nécessité de prendre toutes les dispositions pour la réalisation du programme découlant de la politique linguistique adoptée (implications financières notamment).

 

b. La réunion, estimant que le choix des politiques d'alphabétisation est une option gouvernementale,

    insiste néanmoins pour que des critères valables justifient ce choix ;

    recommande que les langues non retenues pour les programmes d'alphabétisation financés par le gouvernement ne soient exclues ni des recherches scientifiques, ni de l'utilisation locale.

 

c. La réunion a fait observer que l'opinion selon laquelle la multiplicité des langues nationales est un obstacle à l'unité nationale n'est nullement prouvée par les faits ; mais qu'au contraire, les expériences faites dans d'autres pays montrent un renforcement de cette unité nationale. Le choix d'une langue pour le développement national désavantage nécessairement ceux dont la langue maternelle n'est pas choisie et donne en même temps un privilège à ceux dont la langue est choisie. À moins d'être appliquée avec beaucoup de sagesse, une telle politique risque d'être un facteur de division et non d'unification.

 

d. Notant que certains gouvernements africains ont exprimé le désir d'être conseillés au sujet du choix d'une langue nationale, la réunion suggère que l'Unesco assure une large diffusion aux critères formulés à la Conférence de Leverhulme 1 pour le choix d'une ou de plusieurs langues nationales en vue du développement sur le plan national.

 

1. Cette « conférence sur les universités et les problèmes de langue en Afrique tropicale » fut organisée à l'Université d'Ibadan en janvier 1962. Nous en reproduisons l'essentiel des rapports en annexe à ce chapitre. On consultera également John SPENCER, Language in Africa, Cambridge University Press, 1963, qui réunit toutes les communications présentées à la conférence et reproduit intégralement les rapports élaborés à cette occasion.

[NB – l’annexe citée n’est pas inclus sur cette page du site Bisharat]

 

4. Moyens Pédagogiques des Programmes d'alphabétisation

 

La réunion recommande que :

 

i.                     chaque État possède une institution dotée d'un budget autonome pour éditer le matériel d'alphabétisation;

ii.                   là où existe une orthographe normalisée, cette orthographe soit utilisée pour toutes les publications ;

iii.                  le contenu technique du matériel d'alphabétisation soit vérifié avant que ce dernier soit imprimé;

iv.                 le matériel de lecture complémentaire, dans toute langue utilisée pour l'alphabétisation des adultes, puisse comprendre un journal à caractère vivant ;

v.                   des informations sur l'utilisation des statistiques de fréquence des syllabes, des formes grammaticales et es mots, pour la préparation de matériel d'alphabétisation, des adultes, puissent être fournies à tous ceux qui sont chargés de produire du matériel d'alphabétisation.

 

5. Méthodes et personnel des programmes d'alphabétisation

 

a. La réunion, notant que l'application d'une méthode d'alphabétisation est étroitement liée aux besoins d'un auditoire spécifique,

    recommande que les organisateurs des campagnes d'alphabétisation aient une parfaite connaissance des méthodes modernes, de leurs avantages et inconvénients, des caractéristiques phonologiques et grammaticales de chacune des langues africaines à enseigner ;

    recommande une excellente connaissance de la psychologie des adultes afin d'adapter les méthodes à leurs besoins

    préconise des études sur le choix des méthodes ;

    souhaite une coopération étroite entre linguistes et pédagogues.

 

b. Concernant la formation des responsables de l'alphabétisation, la réunion recommande qu'ils :

 

-         connaissent les théories modernes de la lecture et de l'écriture et leurs applications aux langues africaines ;

-         connaissent les éléments linguistiques et leur application aux langues modernes ;

-         soient au courant de la psychologie des adultes ;

-         soient à même de préparer le matériel d'enseignement ;

-         soient familiarisés avec la sociologie.

 

De son côté, l'instructeur doit recevoir une formation lui permettant d'avoir :

 

-         une connaissance parfaite des méthodes adoptées pour la lecture et l'écriture ;

-         des connaissances de la psychologie des adultes.

 

Dans tous les cas, la connaissance de la langue adoptée et le facteur âge seront pris en considération pour le recrutement des instructeurs des Centres nationaux d'alphabétisation. Par ailleurs, les spécialistes devront avoir des connaissances dans les domaines économique et social.

 

6. Coopération interafricaine

 

a. La réunion recommande :

 

i.                     la formation des linguistes africains et autres cadres moyens d'alphabétisation dans les universités africaines où l'enseignement, en matière de linguistique, est actuellement dispensé ;

ii.                   la création de chaires de linguistique au niveau de toutes les universités africaines compte tenu de l'importance qu'il faut accorder au développement des langues africaines.

 

b. Elle préconise l'utilisation, par les chercheurs linguistes, des laboratoires déjà aménagés à cet effet au niveau de certaines universités africaines.

 

c. Elle souligne l'importance du principe adopté lors de la Conférence d'Abidjan 1 , d'après lequel une langue ne devrait avoir qu'une seule orthographe, et ceci sans tenir compte des frontières politiques, et recommande que l'Unesco, en accord avec l'O.U.A. et les pays intéressés, suscite la création de commissions chargées d'étudier les problèmes de transcription des langues parlées dans plusieurs États et de présenter des recommandations aux gouvernements et aux organisations non-gouvernementales de ces pays.

 

1. Il s'agit de la Conférence régionale sur la planification et l'organisation des programmes d' alphabétisation en Afrique, tenue en mars 1964 à Abidjan. Cf. supra, chap. I, pp. 32-37.

 

d. La réunion souhaite le renforcement de la coopération technique entre États en matière d'impression et de publication de manuels.

 

7. Recommandations générales relatives à l'alphabétisation

 

Compte tenu de l'absence de données complètes, récentes, précises et dignes de foi sur les activités d'alphabétisation menées en Afrique, il est instamment recommandé, à chaque pays, d'effectuer des enquêtes périodiques sur les activités d'alphabétisation des adultes entreprises par les organismes gouvernementaux et non-gouvernementaux, portant notamment sur les points suivants

 

a. organisation de l'éducation des adultes et des activités connexes ;

 

b. les activités suivantes, avec indication des ressources financières totales et du détail des sommes périodiquement allouées par les services gouvernementaux et non-gouvernementaux :

 

i.                     activités d'éducation des adultes ;

ii.                   programmes d'alphabétisation des adultes ;

iii.                  études sur les motivations des élèves adultes ;

iv.                 programmes de formation du personnel d'alphabétisation et bourses destinées au perfectionnement de linguistes africains ;

v.                   recherches linguistiques et projets de développement portant sur les langues africaines utilisées dans l'alphabétisation des adultes.

 

c. programme d'alphabétisation des adultes : contenu des cours, durée, époque de l'aimée, méthode d'enseignement, matériel utilisé et langues adoptées ;

 

d. instructeurs d'alphabétisation : langue maternelle, âge, sexe, occupation, nombre, rémunération (s'il y a lieu), temps de service, pourcentage d'abandon pendant la durée d'un cours ;

 

e. informations détaillées - concernant les élèves : âge, sexe, nombre d'inscrits, occupation, nombre d'alphabétisés, critères d'alphabétisation ;

 

f. langues adoptées pour l'alphabétisation, bibliographie des manuels élémentaires, grammaires et dictionnaires disponibles, projets de développement des langues, mesures destinées à aider les nouveaux alphabètes à rester alphabètes ;

 

g. problèmes particuliers (s'il y a lieu).

 

La réunion recommande que l'Unesco soit priée de préparer et de publier un document d'ensemble sur les conclusions des enquêtes effectuées par les différents pays sur les activités d'alphabétisation mentionnées ci-dessus, et de préparer ces conclusions de façon à permettre une comparaison des projets de ces différents pays.

 

Afin de rendre utilisables, à des fins de comparaison, les infor­mations recueillies, la réunion souhaite que l'Unesco établisse un questionnaire-type, clairement et simplement rédigé, auquel devraient se conformer les réponses des pays.

 

[VII. Annexes de la conférence de Leverhulme ne sont pas présentées ici.]


Nos rémerciements à Aboubacar Mahamane du CELHTO à Niamey, pour nous aider à obtenir une copie de Langues et politiques de langues en Afrique noire : l’Expérience de l’UNESCO (Alfâ Ibrâhîm Sow, éd. ; Nubia, Paris, 1977), dont les sections I à VI du deuxième chapitre (pp. 38-52) sont reproduites ici. Mise en page par DZO.